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Quelle culture pour Marseille en 2013 ?


Poste le juin 1st, par Looping Murdock dans Actu. Pas de Commentaire

Quelle culture pour Marseille en 2013 ?

Que se passe-t-il en ce moment à Marseille ? Vos repères risquent de bientôt changer. Mis à part les nombreux travaux qui encombrent nos rues et agacent les riverains, il est en train de se créer d’autres trous, culturels cette fois-ci, moins médiatisés, mais tout aussi gênants. Il n’est point questions d’urbanisme donc, mais bien du désert culturel qui est en train de se former sur la cité phocéenne. Voilà plusieurs mois que l’on nous assomme avec l’imminence de « Marseille, capitale de la culture 2013 ». Bien entendu, théoriquement, le projet est beau. Les plus naïfs d’entre nous aurait bien pu penser que cet élan européen allait servir les intérêts de tous. Grandes manifestations culturelles mais aussi tout le côté underground de cette même culture marseillaise, à la fois vivante et passionnée.

Une situation désastreuse

Mais la réalité a bien vite rattrapé ces doux rêveurs, et la vague de fermetures administratives des lieux autogérés, non chapoté par la municipalité a commencé.

Certains noms familiers aux adeptes des sorties nocturnes et culturelles (et oui, culture est le mot clé en ce moment !) ne seront bientôt plus que de tendres souvenirs sur lesquels il ne nous restera qu’a pleurer à chaudes larmes en se remémorant les bons moment passés : L’Enthropy, El Ache de Cuba, Le Muzikomania, Le Lounge…certains d’entres eux n’existent déjà plus, d’autres se trouvent dans les pires difficultés et ne survivent que par l’extrême passion des propriétaires des lieux qui ne pourront malheureusement pas faire face tout seul éternellement.

A ce titre, l’histoire dramatique du Muzikomania est éloquente. Concerts en tous genres, locaux de répétitions, cours de musique, ont fait vivre depuis des années ce lieu culturel par excellence. Mika, son propriétaire y avait mis toute sa vie et sa passion pour la musique. Sur le papier, le lieu était idéalement placé. Non loin du centre ville, entouré par une autoroute et des terrains vagues, la fameuse peur du bruit si chère à nos riverains n’allait sûrement pas rentrer en ligne de compte ici.

Mais voilà qu’un soir comme un autre, alors que l’équipe active du Muziko s’attelait une fois de plus à rendre ce lieu encore plus chaleureux, les forces de l’ordre ont débarqué et le cauchemar qui s’en est suivi allait être sans fin. Aujourd’hui, le Muzikomania n’est plus. Et nous, passionnés de musique dans le sens très large du terme, sommes orphelins. Même si Mika a réussi à vendre l’endroit pour préserver les emplois et les personnes qui fréquentent les lieux, sa propre situation personnelle est au point mort comme il nous le confiait par téléphone : « Je suis passé de très haut à très bas sans transition. J’ai eu une période où je me suis retrouvé au fond du gouffre. Mais je vais repartir et faire les choses différemment. J’en ai beaucoup appris sur le fonctionnement des administrations». Sa volonté serait de fédérer tous les patrons de salle de concerts indépendants afin de créer une véritable force capable, outre de demander et d’obtenir de subventions, d’avoir un réel poids en cas de conflit.

Heureusement que Mika a encore des projets plein la tête et une passion qui ne s’est pas éteinte, ce qui aurait pu être le cas à la vue de la pression exercée sur lui comme il nous l’a avoué : « Ce qui, pour moi, était une fierté de remplir le Muziko tous les soirs, était presque devenu un crime aux yeux des autorités. D’autant plus que ma clientèle était composée de passionnés de musique, et qu’aucun problème n’a jamais existé dans la salle ou aux alentours. On était comme une famille».

L’histoire se poursuit avec l’Enthropy, haut lieu de la culture punk marseillaise depuis plus de deux ans. Organisation de concerts, label indépendant, aide à la création…Déjà fermé administrativement pendant plusieurs jours pour une sombre histoire de boissons (tout comme Le Lounge et son fameux épisode des sirops), voilà qu’il leur est interdit dorénavant de faire du bruit. Paradoxe étonnant et casse-tête sans fin pour un lieu qui a accueilli des centaines de concerts. Cinq milles adhérents sont donc mis à la rue, et une fois de plus, une structure non subventionnés, adepte du « Do It Yourself » de qualité se voit obligé de tirer le rideau.

L’association reste vivante, mais il ne lui est plus possible d’organiser la moindre manifestation faisant du « bruit »…L’Enthropy restera donc un bar associatif silencieux, mais leur gérant n’ont sûrement pas dit leur dernier mots eux non plus : « Nous avons mené pendant plus de deux années une activité totalement indépendante, sans subvention. Aujourd’hui, la situation fait que nous ne pouvons plus maintenir notre activité dans la rue Consolat. Néanmoins nous poursuivrons l’organisation de concerts dans différents lieux, salles et bars dans l’optique de rouvrir une nouvelle salle de concerts dans un futur proche.
Entre temps nous maintiendrons une activité dans un bar associatif. »

Les prochains sur la liste seront sûrement El Ache De Cuba, déjà assignés au Tribunal par un voisinage subitement soucieux de la gêne occasionnée par les petites sauteries dans les caves du Cours Julien…pas sûr que l’extérieur ne soit pas plus bruyant que l’intérieur sur ce coup là…

Et puis Le Lounge se trouve également dans l’embarras à cause là aussi d’une voisine qui souhaiterait passer des nuits plus calme. Le problème ne vient pas de la salle en elle-même, mais des coulisses non-insonorisées et qui laissent transpirer quelques fines effluves de basses. Un propriétaire négligeant et un contexte à l’affolement général fait que Le Lounge n’est pas loin de la rupture. Quand on connait l’endroit, les investissements fournis par Roger et Mimi et la multitude d’artiste qui se sont fait les dents sur cette scène devenue incontournable, on se dit qu’il ne faut pas rester sans rien dire et les laisser se dépatouiller en silence !

Même les lieux les plus insolites et les moins dérangeants sont menacés. Christian Mellon, l’organisateur des fameux « Apéros du bateau », véritable succès marseillais, subit des pressions incompréhensibles comme il le déclare lui-même : « La semaine dernière, nous avons eu une réunion avec les autorités pour préparer la saison. Là, on nous a expliqué que notre bateau ne devait plus passer à moins de 500 mètres du Frioul pour ne pas gêner le sommeil et la reproduction…des oiseaux ! Sinon, on se fera arraisonner par la police maritime. Nous passerons donc à 501 mètres »

Au lieu d’avoir un pouvoir politique qui aide les élans culturels innovants, on se retrouve donc avec une municipalité qui cherche à mettre les bâtons dans les roues aux personnes pleine de bonne volonté. Une fois de plus paradoxal.

Quels moyens de réaction ?

Face à cela, il ne faut bien sûr pas rester les bras croisé ! La culture n’est pas réservée à une élite. Et chaque personne a le droit de s’exprimer et de participer à la vie de la cité. C’est le principe même de la démocratie. Plusieurs manifestations ont été organisées, ou vont l’être, pour montrer le mécontentement de plus en plus grand d’un nombre important de déçus. Le rassemblement pour la culture locale marseillaise du 02 juin devant l’Hôtel de Ville a pour origine « le constat des difficultés d’existence du milieu culturel marseillais, à savoir la fermeture des lieux, la baisse des subventions et les difficultés à investir l’espace public».  Cette manifestation a surtout pour but d’affirmer et réaffirmer l’existence de multiples cultures, avant, après et au delà de 2013, qui semble être le seul vecteur voulu par la ville de Marseille pour exister culturellement. Il existe bien sûr également la version « off » de cette manifestation culturelle de 2013, avec en ce qui concerne le rock le prochain festival « Phocéa Rocks » qui va tenter rassembler durant l’été 2013 le plus de groupes possible à tendance rock pour une série de concert destiné à prouver que l’underground marseillais est vif et vivant.

D’autres parts, des pétitions sont élaborées fréquemment sur le sujet et des concerts de soutien vont fleurir un peu partout. Alors maintenant que vous avez lu cet article, vous ne pouvez plus faire la sourde oreille et arguer du manque d’informations sur ce qui est en train de se passer. C’est à vous, c’est à nous, de faire en sorte que la culture à Marseille reste libre et soit l’affaire de tous. Renseignez-vous, participer à votre convenance mais réagissons ensemble pour que la culture au sens large du terme vive dans notre belle cité phocéenne.

L’évènement Facebook de la manifestation de 2 juin.






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